Les digitaliques, du cœur au cancer

Des chercheurs contre le cancer au laboratoire LBMCC à l’hôpital du Kirchberg ont identifié le mécanisme d’action d’un nouveau médicament anticancéreux.

Image: By Abby Tabor | Science Writer at NASA's Ames Research Center

Une famille de composés naturels végétaux utilisés traditionnellement dans le traitement de maladies cardiaques s’avère avoir également de puissants effets sur le cancer. L'équipe de scientifiques du LBMCC partage aujourd'hui ses découvertes prometteuses sur son fonctionnement. D’après leurs résultats, un membre en particulier de cette famille, les digitaliques, s’est montré efficace contre plusieurs types de cancers différents, tels que les cancers du poumon, de la prostate et du sein, y compris ceux habituellement résistants aux traitements.

[This article is also available in English: Cardiac Drugs Against Cancer: Deciphering Their Action in the Cell]

 

Une famille de composés naturels végétaux utilisés traditionnellement dans le traitement de maladies cardiaques s’avère avoir également de puissants effets sur le cancer. Une équipe de scientifiques basée au Luxembourg a fait des découvertes prometteuses sur son fonctionnement.

L'équipe de chercheurs dirigée par le professeur Marc Diederich a en effet identifié une étape essentielle de l’horlogerie cellulaire qui permet de comprendre comment ces substances déclenchent le processus d’apoptose, ou mort cellulaire, dans de nombreux types de cancer.

Jusqu’ici, on ignorait comment ces médicaments, appelés digitaliques, ou glycosides cardiotoniques, parvenaient à faire mourir des cellules cancéreuses. Cette nouvelle recherche du laboratoire privé sans but lucratif, le LBMCC (Laboratoire de Biologie Moléculaire et Cellulaire du Cancer), a révélé que l’ensemble de la famille des digitaliques provoque la dégradation d’une protéine appelée Mcl-1, qui empêche normalement la mort cellulaire. D’après leurs résultats, cette étape est essentielle pour déclencher l’apoptose de cellules cancéreuses, qui ont perdu leur capacité normale à mourir et continuent donc de se diviser de façon incontrôlable.

Un médicament basé sur une substance naturellement produite par la plante
Calotropis procera montre une activité puissante contre le cancer.

Plusieurs types de cancer dans le collimateur

« Les substances présentes dans la nature sont une source d’inspiration considérable dans notre quête de traitements contre le cancer, explique le docteur Claudia Cerella, premier auteur de cette étude. Lorsque nous décelons une molécule qui semble prometteuse, nous devons d’abord comprendre son fonctionnement afin de développer un traitement innovant à partir de celle-ci. »

Pour cette étude, les chercheurs se sont principalement intéressés à un type de digitalique issu d’un extrait de la plante Calotropis procera, un arbuste à fleurs originaire des régions tropicales d’Afrique et d’Asie. D’après les résultats obtenus, celui-ci est actif à de plus basses concentrations que d’autres digitaliques et s’est montré efficace contre plusieurs types de cancers différents, tels que les cancers du poumon, de la prostate et du sein, y compris ceux habituellement résistants aux traitements. Ce candidat prometteur, répondant au nom de UNBS1450, s’est également montré particulièrement apte à cibler spécifiquement des cellules cancéreuses tout en épargnant les cellules saines.

L’équipe du LBMCC doit désormais s’appuyer sur ces résultats pour continuer sa recherche, qui a notamment été soutenue par les donations faites à la Fondation de Recherche Cancer et Sang du Luxembourg, l’Action LIONS Vaincre le Cancer et à Télévie Luxembourg. Les prochaines étapes seront de caractériser de façon plus précise comment les digitaliques parviennent à réduire les Mcl-1, étape qui s’est avérée nécessaire pour initier la mort de cellules cancéreuses, et comment ce processus pourrait varier selon les types de cellules. « Comprendre ce qu’il se passe au niveau moléculaire est essentiel afin de pouvoir reproduire un jour ce processus pour attaquer des cellules cancéreuses chez des patients », explique Marc Diederich, directeur du LBMCC.

Les glycosides cardiotoniques pourraient bien présenter d’autres avantages dans la lutte contre le cancer. Outre leur rôle de déclencheurs d’apoptose, ils semblent en effet être impliqués dans une autre forme d’autodestruction cellulaire, l’autophagie, et pourraient également empêcher les cellules cancéreuses de croître, plutôt que de les faire activement mourir. Tous ces résultats étant attendus lors de traitements contre le cancer, mieux comprendre Mcl-1 est une étape cruciale pour le développement de futures thérapies.

Calotropis procera

Les digitaliques, du cœur au cancer

Les digitaliques, du cœur au cancer

Des chercheurs contre le cancer au laboratoire LBMCC à l’hôpital du Kirchberg ont identifié le mécanisme d’action d’un nouveau médicament anticancéreux.

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Claudia Cerella Florian Muller Anthoula Gaigneaux Flavia Radogna Elodie Viry Sébastien Chateauvieux Mario Dicato Marc Diederich

Published in Cell Death and Disease

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Comments

delogne 3 years ago

Excellentes découvertes,bonnes suites dans votre"cherche";parce que la manière de découvrir,est toujours différente,et nouvelle.Que ces cellules de mort,bascules en cellules regénératrices.,,,,