Lutte contre le cancer : anti-inflammatoire naturel ou synthétique, il faut choisir !

Un anti-inflammatoire synthétique réduit l’action anticancéreuse d’une substance naturelle bien connue, extraite du curcuma

Image: By Abby Tabor | Science Writer at NASA's Ames Research Center

Si dans certaines situations, le tout est plus grand que la somme des parties, cela ne semble pas être le cas pour certains traitements anti-cancéreux. L’association de deux traitements anti-inflammatoires, plutôt que d’augmenter leur efficacité, pourrait justement engendrer un effet inverse. Les résultats du laboratoire en cancérologie LBMCC démontrent en effet une diminution de l’action anti-cancéreuse des deux anti-inflammatoires par rapport à l’utilisation d’un seul de ces remèdes.


Crédit image : Simon A. Eugster / Wikimedia Commons

 

Si dans certaines situations, le tout est plus grand que la somme des parties, cela ne semble pas être le cas pour certains traitements anti-cancéreux. Les chercheurs du laboratoire en cancérologie LBMCC ont en effet découvert que l’association de deux traitements anti-inflammatoires, plutôt que d’augmenter leur efficacité, pourrait justement engendrer un effet inverse. Les résultats du laboratoire publiés récemment dans le journal américain réputé Molecular Carcinogenesis démontrent en effet une diminution de l’action anti-cancéreuse des deux anti-inflammatoires par rapport à l’utilisation d’un seul de ces remèdes.

Les deux composés de ce double traitement attaquent les cellules cancéreuses par différentes voies, une approche qui a par exemple montré des résultats prometteurs dans le cas du cancer du colon. Jusqu’ici, le monde de la recherche n’avait employé cette approche que pour des tumeurs solides. Les travaux de l’équipe luxembourgeoise dirigée par le professeur Marc Diederich est la première à la tester pour des leucémies, soit le cancer des tissus responsables de la formation du sang.

Combattre les inflammations et le cancer

Les inflammations chroniques sont liées au risque du cancer et à la croissance des tumeurs ; les substances anti-inflammatoires constituent donc une approche thérapeutique prometteuse. Une de ces substances, le célécoxib, un médicament synthétique est par exemple efficace pour bloquer les inflammations impliquées dans les cas de différents cancers. En utilisant ces médicaments en association avec d’autres traitements, comme la radiothérapie, on peut même observer des effets de synergie dont les résultats sont plus positifs que ceux de chaque traitement utilisé séparément.

Cependant, lorsque des médicaments comme le célécoxib sont pris sur de longues périodes à de hautes doses, nécessaires pour que le traitement soit efficace, ils peuvent avoir des effets indésirables dangereux pour le patient, tels qu’un risque accru d’attaque cardiaque et d’AVC. Le VIOXX, un médicament de la même famille que le célécoxib, a notamment été retiré du marché en 2004 pour cette raison. De là est partie l’idée séduisante d’utiliser le célécoxib à des doses plus faibles et de l’associer à un autre type d’anti-inflammatoire, en l’occurrence une substance naturelle qui agit via d’autres mécanismes, pour lutter contre le cancer.

Baisse du taux de mort cellulaire

La source du second anti-inflammatoire utilisé par l’équipe du professeur Diederich au LBMCC est la plante dont est issu le curcuma, cette épice colorée très utilisée dans la cuisine indienne. Extraite du Curcuma longa, la curcumine est notamment utilisée dans la médecine chinoise et la médecine ayurvédique et agit contre la croissance des tumeurs et leur capacité à s’étendre à des tissus sains.

Plus spécifiquement, la curcumine semble perturber le cycle cellulaire normal, les phases où une cellule passe d’une division à une autre. En empêchant les cellules cancéreuses d’effectuer la dernière transition, qui leur permettrait de se diviser, la curcumine active le processus de mort cellulaire, appelé « apoptose ».

Contrairement à ce qui avait été observé pour le cancer du colon et d’autres cancers solides, l’étude du LBMCC sur la leucémie, menée par Cyril Sobolewski et Claudia Cerella, a montré que l’ajout d’un second anti-inflammatoire, le célécoxib, avant ou pendant un traitement à la curcumine, faisait en fait décroître le niveau d’apoptose.

Le professeur Marc Diederich annonce cependant que son équipe continue à cibler différents types de cancer y compris les leucémies de façon à en personnaliser le traitement. En effet de nombreux mécanismes de synergie restent à être explorés et l’équipe du LBMCC à l’Hôpital du Kirchberg avance rapidement dans ce domaine afin de mieux cibler les caractéristiques moléculaires des leucémies et des lymphomes par exemple. La recherche avance vers un traitement des patients « à la carte ».

Cette recherche, soutenue financièrement par Télévie et l’Action Lions Vaincre le Cancer, révèle que si deux médicaments montrent séparément des résultats prometteurs pour stopper le cancer, leur association nécessite des recherches supplémentaires car le résultat pourrait bien aller à l’inverse de ce qui est attendu.

 

L'étude originale : 

Sobolewski, C., Muller, F., Cerella, C., Dicato, M. and Diederich, M. (2015), Celecoxib prevents curcumin-induced apoptosis in a hematopoietic cancer cell model. Mol. Carcinog., 54: 999–1013. doi: 10.1002/mc.22169

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Published in Molecular Carcinogenesis

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