De la nature au chevet du patient : des molécules naturelles prometteuses contre le cancer de la prostate agressif

Réduire l’activité d’une enzyme qui stimule l’activité du cancer grâce à des inhibiteurs issus d’une plante médicinale pourrait présenter une nouvelle stratégie de traitement viable, d’après les recherches du LBMCC au Luxembourg.

Image: By Abby Tabor | Science Writer at NASA's Ames Research Center

En bloquant l’un des complices du cancer à l’intérieur du corps, des chercheurs du LBMCC à l’Hôpital du Kirchberg au Luxembourg sont parvenus à rendre le cancer de la prostate moins agressif dans leur laboratoire. Ils ont découvert deux molécules avec cette capacité, qui pourraient être utilisées dans de nouveaux traitements anticancéreux. Ces molécules sont dérivées d’acides polyvaniliques que l’on peut rencontrer dans la plante Zanthoxylum fagara, utilisée pour ses vertus thérapeutiques en Amérique du Sud et en Amérique Centrale.

Zanthoxylum fagara (Wikipedia, CC BY 2.0)


Ces inhibiteurs fonctionnaient en ciblant les caractéristiques-mêmes qui permettent aux cellules malignes de provoquer la maladie. Ces deux molécules se sont révélées capables de limiter la division des cellules cancéreuses et la survie des cellules en réduisant l’activité d’une enzyme spécifique qui offre au cancer une longueur d’avance.

L’HDAC affecte des processus cellulaires en lien avec le cancer…

Le laboratoire LBMCC, spécialisé en cancérologie moléculaire et le « College of Pharmacy » de l’Université Nationale de Séoul en Corée du Sud, dirigés par le professeur Marc Diederich, ont étudié une certaine catégorie d’enzymes impliquées dans le développement et la résistance des nombreux cancers. Appelées histone désacétylases (HDAC), ces enzymes agissent sur d’autres protéines à l’intérieur des cellules et les transforment en altérant leur activité. L’HDAC peut ainsi notamment affecter l’expression ou non de certains gènes, la forme et le mouvement des cellules ou encore leur capacité de division.

HDAC6 (Image : Wikipédia, Public Domain)


Selon le docteur Michael Schnekenburger, chef d’équipe du LBMCC, une certaine forme de cette enzyme, HDAC6, facilite deux phénomènes cellulaires qui, lorsqu’incontrôlés, contribuent à l’agressivité du cancer de la prostate. Le premier implique une protéine qui constitue les « briques » de la structure interne des cellules, le cytosquelette. En agissant sur cette protéine, HDAC6 aide à construire et défaire cette structure en fonction des besoins cellulaires ce qui joue un rôle dans les mouvements de la cellule et sa progression dans le processus de division. Ces deux activités cellulaires ordinaires entrent en jeu dans le développement du cancer lorsqu’elles sont poussées à leurs extrêmes : les cellules malignes se multiplient de façon incontrôlée et des cancers métastasent ou se répandent dans l’organisme.

Certains cancers de la prostate sont aussi sensibles aux hormones et dépendent de la présence de récepteurs androgènes (RA), activée par des hormones telles que la testostérone. L’HDAC6 joue ici aussi un rôle : il permet de maintenir un niveau élevé de RA en empêchant la dégradation du récepteur et l’aide à atteindre sa destination à l’intérieur du noyau cellulaire, où le RA contrôle l’expression de certains gènes liés au cancer.

… Bloquer l’HDAC pourrait donc ralentir le développement de la maladie

Etant donné l’implication de l’HDAC6 dans le cancer, bloquer son activité pourrait représenter une nouvelle stratégie pour juguler les effets de cancers de la prostate agressifs. Le LBMCC a testé deux molécules à cette fin. Ces deux inhibiteurs utilisés à des doses différentes ont réussi à réduire de moitié l’activité de l’HDAC. Cette efficacité a été observée dans les deux types de cancers de la prostate étudiés : pour le cancer androgénétique, où l’inhibition de l’HDAC a réduit la quantité de RA présents, et pour les cancers non-hormonodépendants.

Ces inhibiteurs de l’HDAC6, appelés dans cette étude 13a et 7b, ont en particulier été capables de réduire la multiplication de cellules cancéreuses. La survie générale des cellules cancéreuses de la prostate étudiées a également été considérablement réduite. Il est important de noter que les deux molécules ont pu efficacement concentrer leur action sur des cellules cancéreuses sans affecter de cellules saines.

D’après le docteur Carole Seidel, premier auteur de cette étude, 13a et 7b sont des points de départ prometteurs pour le développement d’un nouveau type de traitements pour le cancer de la prostate. « Ces inhibiteurs sont intéressants tant pour leurs activités anticancéreuses que pour leurs structures chimiques inhabituelles. Ces molécules pourraient être utilisées comme briques de construction pour des inhibiteurs du HDAC6 plus puissants, qui pourraient également atteindre leurs cibles de façon plus précise. »

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